Âgé seulement de 24 ans, le vicomte Théodore Hersart de La Villemarqué publie un ouvrage qui va marquer l’histoire de la littérature bretonne : le Barzaz Breiz, chants populaires de la Bretagne. Chansons Collectées par La Villemarqué. La parution du Barzaz Breiz révèle la littérature orale bretonne au grand public.
Pour en arriver là, le jeune artistocrate breton a pendant plusieurs années collecté légendes, contes, chants dans les campagnes de Basse-Bretagne, en particulier autour de Nizon, près de Quimperlé, où ses parents possédaient un manoir.
La première édition du Barzaz Breiz parue en 1839 – d’autres suivront, ainsi que des traductions – est composée de chants historiques, chants d’amour et de fête, chants religieux. Chaque pièce comprend une présentation, le chant en breton, sa traduction en français, des notes, et à la fin de l’ouvrage la partition musicale de certains chants. La longue introduction résume les intentions de La Villemarqué : montrer la permanence sans rupture d’une tradition bretonne remontant aux bardes celtiques venus de l’Île de Bretagne.
Le Barzaz Breiz rencontre un grand succès. Il est chaudement recommandé dans les journaux bretons, français, dans des revues étrangères ; il y a aussi la célèbre éloge qu’en fait Georges Sand en 1856. Dans une période favorable à la redécouverte des littératures orales d’Europe, le Barzaz Breiz fait connaître la richesse de la littérature orale bretonne et met à l’honneur la langue bretonne. Pour la première fois à l’époque moderne, un ouvrage breton obtient une audience internationale. L’intérêt pour le collectage va se développer, avec notamment François-Marie Luzel (1826-1895) et Anatole Le Braz (1859-1926).
La querelle qui éclate dès les années 1860 sur l’authenticité des chants recueillis par La Villemarqué ne sera close que plus d’un siècle après suite aux travaux de l’ethnologue Donatien Laurent. Sa redécouverte des cahiers de collectage du vicomte a permis de s’assurer qu’il n’avait pas inventé ses chants, mais s’était autorisé de grandes libertés en arrangeant certains textes pour les mettre au goût du jour.
Âgé seulement de 24 ans, le vicomte théodore hersart de la villemarqué publie un ouvrage qui va…
Au XIXe siècle, la politique continentale des gouvernements successifs donne la priorité aux frontières de l’Est sur la façade maritime du pays. La Bretagne, dont l’économie reposait en partie sur le commerce atlantique, se retrouve dans une situation très délicate.
Si le développement ne peut plus venir de la mer, il doit pouvoir venir des terres. Lorsqu’en 1842, une première loi est discutée pour le construction de lignes partant de Paris, le principe d’une ligne allant de Paris à Nantes est adopté. Mieux, Alexandre Glais-Bizoin, député des Côtes-du-Nord, dépose un amendement pour obtenir une ligne jusqu’à Rennes puis Brest.
Les élites bretonnes se félicitent de l’arrivée du chemin de fer, notamment au niveau économique. Le pouvoir central est plus circonspect, mais y voit un moyen pour renforcer l’unification du territoire français et la centralisation en joignant Paris aux préfectures et sous-préfectures…
A la fin de années 1850 débutent les travaux pour l’extension du chemin de fer vers l’ouest. Il y aura finalement deux lignes côtières distinctes, qui seront exploitées – comme toute ligne de l’époque – par des compagnies privées : Rennes-Brest par la Compagnie de l’Ouest ; Nantes-Quimper par la Compagnie d’Orléans. La voie centrale a été écartée pour ne pas concurrencer le canal de Nantes à Brest, achevé en 1842.
Le train en direction de Paris arrive à Nantes en 1851, à Rennes en 1857, puis en gare de Quimper le 7 septembre 1863. Désormais, le déplacement depuis Paris prendra moins d’une journée, alors que plusieurs étaient nécessaires par la route.
L’extension du chemin de fer jusqu’à Quimper, puis jusqu’à Brest en 1865, contribue à désenclaver la Bretagne. D’un point vue économique, le déplacement des hommes et des marchandises par le train favorise notamment les secteurs de la pêche, de l’agriculture, du tourisme. Mais le train va aussi contribuer à favoriser le dépeuplement de la Bretagne…
Dès lors que l’instruction est rendue obligatoire par la loi Ferry de 1882, l’interdiction de parler breton s’applique dans la majorité des établissements scolaires, publics ou privés. C’est ainsi que l’école devient un outil efficace pour substituer le français au breton au sein de l’ensemble de la population.
Nous sommes sous la Troisième République. Jules Ferry, ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, fait voter deux lois qui vont changer la vie des Bretons : la première, en 1881, établit la gratuité de l’enseignement public pour tous ; la seconde, en 1882, rend obligatoire l’instruction primaire « pour les enfants des deux sexes, âgés de six ans révolus à treize ans révolus ».
Ces deux lois sont un immense progrès car elles permettront à toutes les strates de la société de sortir de l’analphabétisme, jusqu’alors très présent en Bretagne.
Il y a cependant un revers à la médaille : la question de la langue d’enseignement n’est pas abordée dans ces lois Ferry. On doit donc s’en remettre aux pratiques existantes : en l’occurrence, l’obligation d’enseigner uniquement en français figure déjà dans tous les règlements scolaires depuis le début du XIXe siècle.
Par exemple, le règlement des écoles primaires de l’arrondissement de Lorient, approuvé par le recteur d’académie en 1842, est très clair : « Il est défendu aux élèves de parler breton, même pendant la récréation, et de proférer aucune parole grossière. Aucun livre breton ne devra être admis ni toléré. »
Au fur et à mesure que les enfants sont scolarisés et francisés, ils ramènent la nouvelle langue à la maison, où elle s’impose au fil du temps, puis ils cessent eux-mêmes progressivement de transmettre leur langue à leurs enfants, jusqu’à ce que la transmission s’éteigne dans les années 1950.
Dès lors que l’instruction est rendue obligatoire par la loi ferry de 1882, l’interdiction de…