ISTOR
de la Bretagne
ISTOR
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Le site préhistorique de Menez Dregan, sur le territoire du cap Sizun, dans le sud-Finistère, est un site majeur, non seulement en Bretagne, mais même à l’échelle mondiale. C’est en effet l’un des plus anciens foyers au monde, qui montre qu’ici on maîtrisait déjà le feu il y a bien longtemps.
Nous sommes en 1985 : des chercheurs découvrent à Menez Dregan, sur la commune de Plouhinec, une grotte contenant des traces d’occupation humaine ancienne. Les campagnes de fouilles démarrent en 1991, et livrent progressivement des merveilles : fragments de charbon, silex rougis, outils taillés à partir de galets, ossements, sans oublier… une dent d’éléphant ! Au total, ce sont plus de 100 000 pièces qui sont mises au jour.
La découverte est d’importance, puisque ce foyer ancien remonte aux alentours de 465 000 ans avant notre ère, à une époque où les occupants du lieu étaient des homo heildenbergensis, soit en quelque sorte un oncle ou un grand-oncle pour notre espèce, homo sapiens.
Mais que pouvaient donc déguster ainsi ces lointains ancêtres, qui vivaient dans un environnement bien différent de celui que nous connaissons aujourd’hui ? Pas de palourdes au menu de ce barbecue, mais plutôt des éléphants et autres grands mammifères (il serait même question de rhinocéros laineux !), chassés sur ce qui était alors une plaine mais est aujourd’hui recouvert par la mer.
On note enfin que le site n’a pas cessé d’être occupé avec la disparition des éléphants ! On trouve en effet à proximité une nécropole et une allée couverte, qui montrent une occupation allant du Paléolithique jusqu’au Néolithique, vers 5000 avant notre ère.
C’est en Bretagne, à Barnenez, sur la côte nord du Finistère, que se trouve l’une des plus anciennes constructions connues au monde. Il s’agit d’un grand cairn, c’est-à-dire une construction en pierres sèches recouvrant des chambres funéraires. Édifié vers 4700 avant notre ère, il précède de 2000 ans la plus ancienne pyramide d’Égypte !
Situé à Plouezoc’h, sur un promontoire dominant la baie de Morlaix, ce monument a connu une histoire rocambolesque depuis le milieu du siècle dernier : en 1954-1955 un entrepreneur de travaux publics éventre en effet les chambres du cairn pour s’en servir comme carrière de pierres ! Alerté, l’archéologue Pierre-Roland Giot fait arrêter le saccage et entreprend des campagnes de fouilles de sauvetage qui durent jusqu’en 1968. Le mausolée est ainsi consolidé et sauvé.
L’édifice, composé de deux cairns, s’étend aujourd’hui sur près de 75 mètres de long et compte 11 dolmen (des couloirs de grandes dalles de pierre), qui conduisent à autant de chambres funéraires. L’ensemble constitue donc une sorte de pyramide destinée à accueillir des défunts dont on suppose qu’ils étaient de haut rang. Mais les chercheurs estiment généralement que son rôle allait au-delà de cette fonction.
Ce qu’on sait de cette période du Néolithique, c’est qu’elle connait de profonds bouleversements puisque les humains commencent à cultiver la terre et à domestiquer des animaux. En deux mots, ils se sédentarisent, et ils veulent peut-être aussi marquer leur présence de manière durable.
Mais ils sont encore peu nombreux, et la construction d’un tel monument est une entreprise dantesque. Elle ne peut être que le résultat d’une mise en commun des ressources, décidée par une autorité puissante, dont nous ne savons, en réalité, rien ! Ce « Parthénon mégalithique », comme l’appelait Malraux, recèle donc encore son lot de mystères…
La concentration de mégalithes le long de la côte sud du Morbihan fait de cette région un haut-lieu de la préhistoire européenne. Avec près de 3000 pierres levées, s’étendant sur 40 hectares, les alignements de Carnac en sont assurément le point d’orgue. Et ils forment l’un des sites les plus emblématiques du Néolithique.
Les menhirs de Carnac se répartissent en trois grands ensembles, situés en divers points de la commune : les alignements du Ménec, de Kermario et de Kerlescan. Le site du Ménec compte le plus grand nombre de pierres, mais le site la plus connu et le plus fréquenté est celui de Kermario, où les menhirs sont de plus grande taille.
La date précise à laquelle ces mégalithes ont été érigés n’est pas encore totalement assurée. La datation au radiocarbone a permis néanmoins de circonscrire la période, entre 4500 et 2500 avant notre ère. C’est-à-dire que ces pierres ont été plantées et dressées vers le ciel pendant presque 2000 ans ! Il y a donc eu plusieurs phases d’aménagement et les alignements ne peuvent être envisagés comme une construction unique et homogène.
Pourquoi ces menhirs ont-ils été ainsi érigés et disposés ? Depuis le XVIIIe siècle, différentes interprétations ont été avancées. Certaines sont plausibles (lieux de culte, sites funéraires, sites sacrés, lieux marqueurs de pouvoir, etc.), mais d’autres sont des plus farfelues (résidences druidiques, camp de soldats de César, voire… guide pour les extra-terrestres !).
Le peu que l’on sait tient en fait à l’observation : Les menhirs sont en règle générale disposés en files, et ils vont en ordre de taille croissante vers l’ouest. Les alignements sont par ailleurs orientés selon les levers d’équinoxe ou du solstice. Pour le reste, le mystère demeure en réalité presque entier, d’autant plus que ce qui reste aujourd’hui n’est qu’une petite partie de ce qui existait au Néolithique.
Au premier siècle avant notre ère, Jules César mène de nombreuses campagnes pour conquérir la Gaule. Mais, dans l’actuel Morbihan, les Vénètes lui résistent. Il livre contre eux une grande bataille maritime en – 56, dont il sort vainqueur. Cette défaite des Vénètes scelle la fin de l’indépendance des peuples armoricains.
A la veille de la conquête romaine, l’Armorique est prospère et peuplée de différents peuples. Les plus puissants sont les Vénètes, d’après le témoignage de César lui-même dans sa Guerre des Gaules. Ils dominent le territoire qui correspond à l’actuel Morbihan, avec comme chef-lieu Darioritum, c’est-à-dire Vannes. Ce sont par ailleurs d’excellents commerçants, qui détiennent une grande part du négoce maritime de l’Atlantique et de la Manche.
Lorsque César entreprend la conquête de la Gaule Chevelue, la romanisation est en cours depuis plus d’un siècle. L’Armorique, quant à elle, est soumise en 57 avant notre ère. Mais les Vénètes, restés puissants, et forts de leurs 200 navires, se soulèvent avec d’autres peuples alliés contre les réquisitions de l’armée romaine.
L’affrontement décisif a lieu en mer en septembre 56, certainement dans le golfe du Morbihan. La bataille navale dure toute une journée. D’après César lui-même, les bateaux des Romains sont inférieurs à ceux des Vénètes, mais deux éléments décisifs viennent malgré tout leur donner l’avantage : une subite chute de vent qui ne permet plus aux navires vénètes d’avancer, et l’usage de grandes faux tranchantes sur les navires romains qui coupent les cordages maintenant les vergues des bateaux armoricains. Le résultat est un désastre pour la flotte des Vénètes.
Après la bataille, les rescapés de premier rang sont mis à mort et les autres sont vendus. César a atteint son but : il a soumis les Vénètes qui ont perdu leur flotte et leur suprématie commerciale.
Fondée vers la fin du Ve siècle, l’abbaye de Saint-Guénolé, à Landévennec, est le premier établissement monastique dont l’existence est attestée en Bretagne. Elle est aussi l’une des traces les plus anciennes de l’installation des Bretons venus d’outre-Manche en Armorique aux Ve et VIe siècle.
Nous sommes à la fin du Ve siècle, au cœur de la période de migration des Bretons de l’actuelle Grande-Bretagne vers l’Armorique. Souvent menés par des hommes qui seront plus tard qualifiés de « saints bretons », ces migrants marquent durablement leur nouveau territoire à travers, par exemple, les noms de lieux. Ils apportent aussi leur langue, ancêtre de la langue bretonne encore parlée aujourd’hui sur la péninsule.
Sur cette période on sait en réalité peu de choses car les sources sont peu nombreuses et pas toujours très fiables. Quelques textes postérieurs, du IXe siècle, nous renseignent cependant sur la vie de saint Guénolé, fondateur de l’abbaye de Landévennec. Né en Armorique de parents venus de l’actuel Pays de Galles, il aurait été éduqué au sein d’une communauté menée par un moine gallois, Budoc, sur l’île Lavret près de Bréhat. Puis il serait parti avec 11 autres moines pour fonder son propre monastère.
Après un séjour sur l’îlot de Tibidy, en rade de Brest, la communauté aurait cherché un lieu plus propice. Guidé par un ange, selon la légende, Guénolé aurait finalement jeté son dévolu sur un promontoire de l’estuaire de l’Aulne, près du site d’une ancienne villa gallo-romaine. C’est là que l’abbaye de Landévennec s’établira pour de longs siècles, puisqu’une communauté monastique y demeure toujours.
L’abbaye, qui a adopté la règle de saint Benoît au début du IXe siècle, devient au Moyen Âge un centre culturel important, où les moines écrivent et copient une quantité impressionnante de manuscrits remarquables, aujourd’hui dispersés à travers le monde.
Cette célèbre bataille de Ballon, remportée par Nominoë contre Charles le Chauve, est souvent considérée comme la pierre fondatrice d’une Bretagne unifiée et indépendante. C’est pourtant une bataille mineure et il faudra en réalité attendre 851 pour qu’Érispoë, fils de Nominoë, fasse reconnaître l’indépendance de la Bretagne.
22 novembre 845, un marécage près de l’abbaye de Ballon, à Bains-sur-Oust, dans l’actuelle Ille-et-Vilaine. L’armée du roi des Francs, Charles le Chauve, s’est aventurée dans une expédition improvisée et fait face aux cavaliers du Breton Nominoë. Ceux-ci ont attiré l’ost royal dans un véritable bourbier aux confluents de l’Oust et de l’Aff. Mal préparés, ils sont vaincus, au point que la rumeur parle de la mort de Charles le Chauve.
Il avait fallu une profonde rupture entre les deux hommes pour en arriver là. Nominoë gouvernait en effet la Bretagne depuis 832, date à laquelle Louis le Pieux l’avait nommé missus imperatoris, représentant du souverain en terre d’Armorique. Il était resté fidèle à l’empereur jusqu’à sa mort en 840.
Puis l’empire avait été divisé en trois parties, une pour chacun des fils de Louis. Nominoë avait finalement rendu l’hommage à Charles le Chauve, qui héritait la Francie occidentale. Mais en 843, à Messac, les troupes franques du comte de Nantes avaient attaqué les Bretons, qui leur avaient infligé une cuisante défaite. Nominoë avait alors estimé qu’il était relevé de son serment.
S’en était suivie une série d‘incursions toujours plus vers l’est, visant à repousser les Francs et à étendre le territoire breton. C’est dans ce contexte, deux ans après la rupture de Nominoë et de Charles, qu’eut lieu la bataille de Ballon.
Charles tentera à nouveau d’attaquer en 846, mais finira par traiter avec Nominoë pour obtenir une « paix froide » qui durera jusqu’en 849.
Trois ans après la bataille de Ballon, c’est véritablement cette bataille de Jengland-Beslé qui sera l’acte de naissance de la Bretagne indépendante. Erispoë l’emporte en effet sur Charles le Chauve et le conflit se conclut par le traité d’Angers en septembre 851. La Bretagne y est reconnue territoire autonome et Erispoë en sera le premier roi.
A la mort de Nominoë en 851, son fils Erispoë lui succède et reprend le flambeau de l’unification et de l’émancipation de la Bretagne. Il affronte à son tour le roi Charles le Chauve, que Nominoë avait déjà battu en 845 à Ballon.
Cette fois la bataille se déroule à Jengland-Beslé, sur la commune actuelle du Grand-Fougeray, aux confins de l’Ille-et-Vilaine et de la Loire-Atlantique, le long de la rive gauche de la Vilaine. Nous sommes le 22 août 851.
Le choc est d’une extrême violence, la centaine de cavaliers bretons brise la première ligne franque dont l’armée combattait essentiellement à pied. Au bout de deux jours, les pertes sont énormes du côté des Francs et Charles le Chauve s’enfuit dans la nuit, à l’insu de son armée. La déroute est totale et ses soldats prennent la fuite autant que faire se peut, quand ils ne se font pas massacrer par les Bretons.
Quelques semaines plus tard, Erispoë et Charles le Chauve se retrouvent à Angers, où ils signent un accord de paix. Par ce traité, Erispoë devient certes vassal de Charles le Chauve, mais il se voit surtout accorder les insignes royaux. C’est-à-dire qu’il est reconnu roi avec pleine autorité sur toute la Bretagne, y compris les comtés de Rennes et de Nantes, et le pays de Retz.
L’expansion se poursuivra encore sous le règne de Salomon, successeur d’Erispoë et deuxième roi de Bretagne.
En 867, Salomon, deuxième roi de Bretagne, se voit attribuer la presqu’île du Cotentin et les îles anglo-normandes par le traité de Compiègne, signé avec Charles le Chauve. La Bretagne atteint alors son extension maximale. Et elle s’affirme comme l’une des principautés les plus puissantes à l’ouest de l’ancienne Gaule.
Le roi Salomon avait démarré son règne par l’assassinat en 857 de son prédécesseur et cousin, le roi Erispoë, et il se conclura par son propre assassinat, en 874, par d’autres grands nobles bretons ambitieux, son gendre Pascweten et le gendre d’Erispoë, Gurwant.
Entre temps, Salomon aura parcouru beaucoup de chemin. Les 17 ans de son règne auront été consacrés à l’extension de son royaume de Bretagne. Doté d’un grand sens stratégique, il fait alliance tantôt avec les Vikings (pour piller Le Mans), tantôt avec les Francs (pour reprendre Angers aux Vikings, en 873).
Il contraint ainsi Charles le Chauve, roi des Francs, à négocier à plusieurs reprises. Le premier traité est celui d’Entrammes, signé en 863, qui lui permet de gagner « le pays entre deux rivières », c’est-à-dire une portion de terres aux confins des actuels départements de la Sarthe et de la Mayenne. Salomon en profite aussi pour se faire appeler « roi de Bretagne et d’une partie notable de la Gaule ».
Mais le traité d’Entrammes n’est qu’un amuse-bouche en comparaison du traité de Compiègne, signé en 867. Cette fois, Charles le Chauve lui concède le Cotentin, l’Avranchin et les îles anglo-normandes. La Bretagne atteint alors son extension maximale.
Un an plus tard, en 868, ces affrontements et ces traités vaudront aussi à Salomon, enfin, de se faire reconnaître officiellement roi par Charles le Chauve, dont il reste néanmoins le vassal. Ils seront dès lors alliés, jusqu’à la mort de Salomon en 874.
La Bretagne est la proie des raids vikings depuis la mort en 907 du roi Alain 1er, dit le Grand. Son petit-fils Alain II, dit Barbetorte, comme beaucoup de nobles bretons, s’est réfugié en Angleterre. Il revient en Bretagne et débarrasse la ville de Nantes des Vikings en 937. Il devient le premier duc de Bretagne en 938.
Au Xe siècle, les Vikings reprennent leurs activités de pillage en Bretagne. Ils visent d’abord les abbayes, comme celle de Landévennec, qu’ils détruisent en 913, forçant les moines à fuir et se réfugier dans le nord de la France actuelle.
Mais les prédateurs scandinaves ne se contentent plus de ces opérations ponctuelles, ils cherchent désormais à s’installer durablement dans les places conquises. C’est ainsi que le chef viking Ragenold remonte la Loire en 919 et prend possession de la ville de Nantes. Il y crée une principauté et s’en proclame même roi ! Il y restera jusqu’à sa mort en 930.
Les nobles bretons, quant à eux, ont pour partie fui le pays et se sont réfugiés en Angleterre. Parmi eux, Alain II Barbetorte, fils du comte du Poher Mathuedoï et petit-fils du dernier roi de Bretagne Alain 1er, s’est exilé auprès de son parrain, le roi anglo-saxon Athelstan.
Alain décide de revenir en péninsule armoricaine et débarque près de Dol en 936. Il attaque la forteresse viking du camp de Péran, près de l’actuelle Saint-Brieuc. Puis il marche sur Nantes et en chasse les occupants scandinaves en août 937. Il parachève la reconquête deux ans plus tard, en 939, en écrasant les Normands à Trans, dans l’actuelle Ille-et-Vilaine.
Bien que descendant de roi, Alain Barbetorte ne peut reprendre ce titre et devient donc, en 938, le premier duc de Bretagne.
Encore adolescent, Arthur Ier, duc de Bretagne, est assassiné par son oncle, le roi d’Angleterre Jean sans Terre, en avril 1203. Philippe Auguste en profitera pour marier la sœur d’Arthur à Pierre Mauclerc, et ainsi solidifier la vassalité du duché de Bretagne au royaume de France pour un siècle et demi.
Né en 1187, Arthur est le fils de Geoffroy Plantagenêt et de Constance de Rennes. Il a devant lui un avenir prometteur : non seulement il prendra la couronne du duché de Bretagne, mais son oncle Richard cœur de Lion, sans enfants, l’a aussi désigné en 1190 comme son successeur sur le trône d’Angleterre, au détriment de son propre frère Jean, dit sans Terre.
Le jeune Arthur est dès lors tiraillé entre sa mère en Bretagne, le roi de France qui le prend un temps sous son aile, et son oncle Richard qui en veut la garde en Angleterre. Chacun voit en effet son avantage politique à se charger du jeune héritier.
Puis Richard meurt prématurément en 1199, lors du siège de Chalus en Limousin, alors qu’Arthur n’a que 12 ans. Jean sans Terre se fait immédiatement couronner duc de Normandie et roi d’Angleterre.
Quant à Arthur, il devient duc de Bretagne à part entière à la mort de sa mère Constance en 1201. Il se lance alors dans un conflit ouvert avec son oncle, tous deux revendiquant le trône d’Angleterre : Jean sans Terre a le soutien de sa mère Aliénor d’Aquitaine, alors qu’Arthur est appuyé par le roi de France Philippe Auguste.
La lutte prend fin quand Arthur est capturé et enfermé à Rouen où il est assassiné et jeté dans la Seine par Jean sans Terre. Le duché de Bretagne sera dès lors assujetti au royaume de France jusqu’à la guerre de succession.
Nous sommes en plein cœur de la guerre de succession de Bretagne, qui oppose les partisans de Jeanne de Penthièvre, alliée aux Français, et les partisans de Jean de Monfort, allié aux Anglais. Le Combat des Trente en est l’un des épisodes les plus célèbres, même s’il n’a eu que peu d’impact sur l’issue du conflit.
La guerre de succession de Bretagne dure depuis déjà 10 ans. Jeanne de Penthièvre est soutenue par les Français car elle est l’épouse de Charles de Blois, neveu du roi Philippe VI. Jean de Montfort a quant à lui fait alliance avec Edouard III d’Angleterre. Les troupes se sont déjà affrontées à diverses reprises et on ne compte plus les morts de chaque côté.
En mars 1351, les soutiens de Charles de Blois veulent ravir le château de Ploërmel à leurs ennemis. Jean de Beaumanoir, maréchal de Bretagne, propose alors au capitaine anglais Robert Bemborough, qui occupe le pays pour Jean de Monfort, que les deux parties s’affrontent dans un tournoi. Le nombre de combattants est fixé à 30 de chaque côté.
Et c’est ainsi que, le 26 mars, près du chêne de la lande de Mi-Voie, en Guillac, à l’ouest de Ploërmel, se tient une mêlée où les hommes s’affrontent sans pitié. La victoire revient aux Bretons de Beaumanoir, mais le nombre de morts est élevé : entre 15 et 26 du côté de Montfort, et entre 5 et 9 du côté de Blois.
Ce combat, érigé en summum du combat chevaleresque par le XIXe siècle romantique, ne règle rien en réalité. Les affrontements se poursuivent à coups de batailles, de sièges et de guérilla. Il faudra attendre encore 13 ans pour que le confit soit définitivement clos, avec la bataille d’Auray en 1364, qui verra cette fois la victoire des Montfort.
La bataille d’Auray met fin à la guerre de Succession de Bretagne qui opposait les Montfort et les Penthièvre. Victorieuse, la dynastie Montfort assoit l’indépendance de l’État breton. S’ensuit un siècle d’apogée de la puissance ducale, qui profite de la rivalité entre les royaumes de France et d’Angleterre.
L’affaire démarre en 1341, à la mort du duc Jean III. Aucun successeur n’étant désigné, deux candidats se disputent la couronne ducale :
Les deux partis prennent les armes et entraînent la Bretagne dans une véritable guerre civile, de 1341 à 1364 : sièges de villes, occupations sporadiques de troupes françaises ou anglaises, massacres, trahisons... Les deux prétendants sont tour à tour faits prisonniers puis libérés. Trêves et tentatives de règlements se succèdent. En 1363 on prévoit même de couper le duché en deux !
Le combat des Trente en 1351 voit des chevaliers de chaque camp s’affronter pour l’honneur. Mais c’est finalement à Auray que se conclut le conflit, en septembre 1364 : Charles de Blois perd la bataille et la vie, malgré le soutien de Duguesclin, et c’est donc Jean de Montfort qui est reconnu duc sous le nom de Jean IV.
La question de la succession est par ailleurs résolue durablement en 1365 par le traité de Guérande, qui acte un compromis :
C’est en 1464 qu’est rédigé le premier dictionnaire trilingue breton, français et latin, connu sous le nom de Catholicon. L’ouvrage, qui comporte plusieurs milliers d’entrées, marque un tournant dans la connaissance de la langue bretonne du XVe siècle.
Le Catholicon (« Universel » en grec) est l’œuvre de Jehan Lagadeuc, un prêtre né à Plougouven, près de Morlaix. Si la rédaction manuscrite remonte à 1464, la première impression accessible date quant à elle de 1499. Elle est réalisée à Tréguier par Jean Calvez. D’autres impressions suivront, vers 1500 et en 1521, désormais à Paris.
Chaque article du Catholicon suit la même construction : l’entrée se fait par le mot breton, suivi du mot français, puis du mot latin. Par exemple, à l’entrée « dour », le mot se décline ainsi : « Dour, eaue, aqua ». Peuvent ensuite s’ajouter les verbes et adjectifs qui en dérivent, puis les expressions qui ont un rapport plus ou moins direct avec le mot initial.
Cette construction indique que le public visé était brittophone et que cet ouvrage devait lui apporter des connaissances lexicographiques en français et en latin. Comme indiqué dans les premiers mots du titre, l’ouvrage était à l’usage des nouveaux clercs bretons.
Le contenu du Catholicon constituera d’ailleurs une source pour des lexiques bretons et français-bretons postérieurs, comme ceux de Grégoire de Rostrenen en 1732, ou de Théodore Hersart de La Villemarqué en 1847.
L’intérêt du Catholicon vaut également du point de vue de langue française : il apporte en effet des informations précieuses sur le français connu en Bretagne à la fin du XVe siècle ; il a aussi servi de source pour Frédéric Godefroy dans son Dictionnaire de l’ancienne langue française du IXe au XVe siècle, paru entre 1880 et 1902.
L’année 1488 est assurément une date clef dans l’histoire de la Bretagne. D’abord, la défaite des troupes bretonnes face à l’armée du roi de France à Saint-Aubin du Cormier sonne le glas de l’indépendance. Puis le duc François II meurt et c’est sa fille de 11 ans qui lui succède, pour devenir la fameuse Anne de Bretagne.
L’avènement du roi Louis XI, en 1461, marque le début d’une période de tensions entre la France et la Bretagne, qui durera plusieurs décennies. Le duc François II essaie en effet de renforcer l’indépendance du duché face au pouvoir royal, mais Louis XI, puis Charles VIII s’y opposent.
Le 28 juillet 1488, les armées françaises et bretonnes s’affrontent à Saint-Aubin-du-Cormier, entre Rennes et Fougères. L’armée du roi, forte d’environ 15 000 hommes, fait face à une armée bretonne de 12 000 combattants. Grâce à sa cohésion, sa discipline et l’unité de son commandement, l’armée française écrase son adversaire au cours d’une bataille brève mais violente et sanglante.
Le 19 août est signé le Traité de Verger. Charles VIII accorde la paix à la Bretagne, ne réclame aucun territoire et promet de retirer son armée du duché. Mais François II doit s’engager à lui livrer ses alliés, à rendre hommage au souverain français, et surtout à ne pas marier ses filles - Anne et Isabeau – sans le consentement du roi. Ce traité préfigure l’annexion en bonne et due forme de la Bretagne par la France.
Quelques semaines plus tard, le 9 septembre 1488, François II meurt. Sa fille Anne, alors âgée de 11 ans, lui succède et devient duchesse de Bretagne. Débute alors la carrière politique de cette femme remarquable, qui sera successivement mariée à un empereur (Maximilien d’Autriche) et à deux rois de France (Charles VIII et Louis XII).
Trois Édits et une Union.
13 août 1532, Nantes. François Ier, roi de France, gérant du duché de Bretagne pour son fils, peut savourer son triomphe. Il vient d’apposer sa signature à un édit qui unit perpétuellement la Bretagne à la France. Certes, la Bretagne conserve son duc, qui sera couronné à Rennes, certes, celle-ci conserve ses droits, libertés et privilèges, mais l’administration du duché revient au roi et il devient impossible de le séparer du royaume par un accident de l’histoire.
C’est l’aboutissement d’un projet français depuis le XIIIe siècle qui s’est accéléré brutalement après 1488 et semble inéluctable après 1514 de Claude de France avec François Ier. L’union ne se fait pourtant pas sans résistance. Les députés des États de Bretagne, qui la demandent officiellement, sont soudoyés et menacés par les agents du roi. Malgré ces précautions, la séance du 4 août qui officialise la demande par un premier édit est tellement houleuse que le roi quitte Vannes. Qu’importe, la demande est faîte, François Ier peut annuler le traité de 1499 et faire, avec un troisième édit, une province de la Bretagne.
La révolte des Bonnets rouges, ou révolte du papier timbré, a laissé une forte trace dans l’histoire de la Bretagne. L’insurrection contre les nouveaux impôts destinés à financer les guerres de Louis XIV se termine mal pour les rebelles, qui finissent au bout d’une corde, après une intense répression par les dragons du roi.
Le roi Louis XIV aura passé une bonne partie de son règne (1643-1715) à faire la guerre à ses voisins européens. Cette politique agressive nécessite des fonds, beaucoup de fonds. Colbert est chargé de collecter les financements requis, et cela passe par de nouveaux impôts dans tout le royaume, y compris en Bretagne. Mais celle-ci jouit d’un statut particulier en matière fiscale que ses habitants entendent bien défendre.
Des incidents et des émeutes contre le « papier timbré » éclatent donc à partir d’avril 1675, d’abord dans les villes. Puis la révolte s’étend aux campagnes notamment en Basse-Bretagne où, partout, on s’attaque aux nobles et à leurs châteaux. Sébastien Le Balp, notaire à Carhaix, émerge comme meneur dans le Poher, en centre-Bretagne, où les insurgés se coiffent d’un bonnet rouge.
Autre fait notoire, les paysans s’organisent et font rédiger, par ceux qui savent écrire, des textes où ils exposent leurs critiques vis-à-vis de l’impôt, mais aussi de la justice et des droits seigneuriaux. Un siècle avant la Révolution française, ces documents préfigurent les cahiers de doléances de 1789. On les appelle les « Codes paysans ».
Mais Sébastien Le Balp est tué le 2 septembre et les rebelles se retrouvent désorganisés face aux troupes royales qui se lancent dans une répression féroce, dans les villes comme dans les campagnes : on ne compte plus les arrestations, les violences et les viols. Et surtout, les meneurs sont capturés et aussitôt pendus publiquement, pour l’exemple.
Inscrit dans la tradition bretonne, la gwerz Marv Pontkalleg « Mort du marquis de Pontcallec », est un chant qui se transmet depuis des siècles. Recueilli dans le Barzaz Breiz, ce classique a été chanté par les plus grands : Allan Stivell, Gilles Servat, Tri Yann… Mais qui était ce marquis ?
A la mort de Louis XIV (1715), l'État est ruiné par les guerres successives, la dette est faramineuse. Sous la Régence de Philippe d’Orléans (1715-1723), la pression fiscale s’alourdit. Ces difficultés économiques entraînent une violente critique de la noblesse bretonne contre la monarchie et le poids des impôts. Plusieurs centaines de nobles ruraux rédigent en 1718 un « Acte d’Union » au nom des « libertés bretonnes » et proclament « les droits et les privilèges de la province de Bretagne et les prérogatives de la noblesse ». Parmi ces nobles, le marquis de Pontcallec.
Le marquis, avec une poignée d’hommes, organise une conspiration chimérique. L’objectif est de renverser le régent avec leurs prétendus alliés espagnols, en livrant les ports bretons, puis en marchant en armes en France. Mais cette conspiration relève du fantasme, au point que le principal ministre du roi d’Espagne, Alberoni, qualifie les conjurés de « Don Quichotte » des landes et des bocages. Néanmoins, l’État royal prend se complot très au sérieux. Il incrimine le marquis sous l’accusation de lèse-majesté, l’incrimination la plus grave dans l’échelle des délits. Après un procès d’exception, le marquis a la tête tranchée le 27 mars 1720 à Nantes, avec trois de ses compagnons.
Après cette mise à mort, le marquis de Pontcallec connaît une seconde vie. Le travail de mémoire le transforme en héros, dont les complaintes bretonnes véhiculent les prouesses et proclament une vérité transformée de la résistance de ce « jeune » marquis breton contre l’état français.
Les députés bretons, coupables et victimes de la nuit du 4 août.
4 août 1789, Versailles. L’effervescence est grande dans la salle de l’hôtel des Menus-Plaisirs où se réunit l’Assemblée Nationale. De toute part en France sont parvenus des nouvelles de révoltes paysannes contre les seigneuries. Au club breton, on a déjà lancé l’idée d’une abolition des privilèges seigneuriaux pour calmer les esprits.
L’Assemblée est présidée par député breton, Le Chapelier. Sous sa houlette, on propose la suppression des privilèges et droits seigneuriaux, puis l’égalité devant l’impôt, puis les enjeux grossissent. On parle d’Église, on parle de justice et de fil en aiguille on en vient dans l’hystérie du moment à remettre en cause les privilèges des provinces. Ne voulant pas être en reste, certains députés bretons proposent l’abolition des droits issus de l’Union de 1532.
Seulement, les députés bretons précisent que seuls les États de Bretagne peuvent renoncer à ces privilèges. Passant outre, les décrets sont adoptés alors que les assemblées provinciales sont supprimées plus tard dans l’année malgré les protestations du président des États de Bretagne. L’autonomie bretonne a vécu.
L’apogée de la Terreur en Bretagne.
Les terribles noyades de Nantes auraient fait entre 2000 et 4000 victimes : jeunes, vieux, femmes, enfants… Toutes le fait d’un seul homme : le député montagnard Jean-Baptiste Carrier.
1793 est marqué par la Terreur dans toute la France. Au nom du « Salut public » de la « Nation Française », il s’agit de réprimer toute dissidence au nom d’une Nation une et indivisible. Cette terreur s’exprime lourdement en Bretagne, qu’il faut punir, en raison d’une double révolte : une insurrection paysanne au printemps 1793 contre la levée de troupes pour défendre les frontières, et une révolte dite « fédéraliste » de l’été 1793 contre la destitution de députés girondins par les Montagnards jacobins.
Le député Jean-Baptiste Carrier est alors envoyé en mission par la Convention, pour appliquer une politique répressive aux opposants de la République. Après un passage dans le Calvados, les Côtes-du-Nord et à Rennes, il arrive à Nantes en octobre 1793. Il y voit des coupables partout. Il défie d’abord les élites bourgeoises, plutôt girondines. Il organise des arrestations avant de jurer de « ne pas laisser sur pied un seul contre-révolutionnaire. »
C’est ainsi qu’une longue série de « noyades » commencent. Les premiers sont 90 prêtres réfractaires noyés dans la Loire dans la nuit du 16 au 17 novembre, suivis de 53 autres prêtres dans la nuit du 9 au 10 décembre. Cinq jours plus tard, une centaine de prisonniers sont envoyés à Belle-Ile-en-Mer, mais leur barque est coulée par Carrier. Les « noyades » se succèdent à raison de trois par semaines, parfois organisées en « mariage républicain » en attachant un homme et une femme avant de les lancer dans l’eau.
Carrier est rappelé par la Convention en février 1794, arrêté en septembre et condamné à mort en décembre.
Rédigés en 1794, en plein cœur de la période révolutionnaire dite de la Terreur, le Rapport Grégoire et le Rapport Barère contre les « patois » et les « idiomes », et quelques autres textes de la même époque, seront le point de départ de la lutte contre les langues qu’on appelle aujourd’hui régionales.
Tout le monde connait la date de 1789, qui marque le démarrage de la Révolution française. Mais qui sait que, dans les années qui ont suivi, les textes destinés à propager les nouvelles idées étaient traduits dans les différentes langues du territoire ? On trouve ainsi aux archives de Quimper, par exemple, la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen… en breton !
Mais cette politique de traduction ne dure guère. Arrive en effet la période de la Terreur (1792-1794), et certains révolutionnaires recommandent à l’inverse que la langue française soit imposée à tous.
Parmi eux, l’abbé Grégoire remet en 1794 un Rapport sur la nécessité et les moyens d’anéantir le patois, et d’universaliser l’usage de la langue française. Ce texte fera date, car on y trouve une charge véhémente contre les « idiomes » et les « patois », soupçonnés d’être contre-révolutionnaires.
Cette même année 1794, Bertrand Barère, membre du tristement célèbre Comité de Salut Public, remet un autre rapport, tout aussi virulent :
« Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton ; l’émigration et la haine de la République parlent allemand ; la contre-révolution parle l’italien, et le fanatisme parle le basque. Cassons ces instruments de dommage et d’erreur. »
Les révolutionnaires de la période de la Terreur ne parviendront cependant pas à éradiquer ces langues, et il faudra attendre, un siècle plus tard, l’école obligatoire et l’interdiction d’y pratiquer des langues autres que le français pour que s’amorce leur déclin.
Âgé seulement de 24 ans, le vicomte Théodore Hersart de La Villemarqué publie un ouvrage qui va marquer l’histoire de la littérature bretonne : le Barzaz Breiz, chants populaires de la Bretagne.
Chansons Collectées par La Villemarqué.
La parution du Barzaz Breiz révèle la littérature orale bretonne au grand public.
Pour en arriver là, le jeune artistocrate breton a pendant plusieurs années collecté légendes, contes, chants dans les campagnes de Basse-Bretagne, en particulier autour de Nizon, près de Quimperlé, où ses parents possédaient un manoir.
La première édition du Barzaz Breiz parue en 1839 – d’autres suivront, ainsi que des traductions – est composée de chants historiques, chants d’amour et de fête, chants religieux. Chaque pièce comprend une présentation, le chant en breton, sa traduction en français, des notes, et à la fin de l’ouvrage la partition musicale de certains chants. La longue introduction résume les intentions de La Villemarqué : montrer la permanence sans rupture d’une tradition bretonne remontant aux bardes celtiques venus de l’Île de Bretagne.
Le Barzaz Breiz rencontre un grand succès. Il est chaudement recommandé dans les journaux bretons, français, dans des revues étrangères ; il y a aussi la célèbre éloge qu’en fait Georges Sand en 1856. Dans une période favorable à la redécouverte des littératures orales d’Europe, le Barzaz Breiz fait connaître la richesse de la littérature orale bretonne et met à l’honneur la langue bretonne. Pour la première fois à l’époque moderne, un ouvrage breton obtient une audience internationale. L’intérêt pour le collectage va se développer, avec notamment François-Marie Luzel (1826-1895) et Anatole Le Braz (1859-1926).
La querelle qui éclate dès les années 1860 sur l’authenticité des chants recueillis par La Villemarqué ne sera close que plus d’un siècle après suite aux travaux de l’ethnologue Donatien Laurent. Sa redécouverte des cahiers de collectage du vicomte a permis de s’assurer qu’il n’avait pas inventé ses chants, mais s’était autorisé de grandes libertés en arrangeant certains textes pour les mettre au goût du jour.
Un début de désenclavement pour la Bretagne.
Au XIXe siècle, la politique continentale des gouvernements successifs donne la priorité aux frontières de l’Est sur la façade maritime du pays. La Bretagne, dont l’économie reposait en partie sur le commerce atlantique, se retrouve dans une situation très délicate.
Si le développement ne peut plus venir de la mer, il doit pouvoir venir des terres. Lorsqu’en 1842, une première loi est discutée pour le construction de lignes partant de Paris, le principe d’une ligne allant de Paris à Nantes est adopté. Mieux, Alexandre Glais-Bizoin, député des Côtes-du-Nord, dépose un amendement pour obtenir une ligne jusqu’à Rennes puis Brest.
Les élites bretonnes se félicitent de l’arrivée du chemin de fer, notamment au niveau économique. Le pouvoir central est plus circonspect, mais y voit un moyen pour renforcer l’unification du territoire français et la centralisation en joignant Paris aux préfectures et sous-préfectures…
A la fin de années 1850 débutent les travaux pour l’extension du chemin de fer vers l’ouest. Il y aura finalement deux lignes côtières distinctes, qui seront exploitées – comme toute ligne de l’époque – par des compagnies privées : Rennes-Brest par la Compagnie de l’Ouest ; Nantes-Quimper par la Compagnie d’Orléans. La voie centrale a été écartée pour ne pas concurrencer le canal de Nantes à Brest, achevé en 1842.
Le train en direction de Paris arrive à Nantes en 1851, à Rennes en 1857, puis en gare de Quimper le 7 septembre 1863. Désormais, le déplacement depuis Paris prendra moins d’une journée, alors que plusieurs étaient nécessaires par la route.
L’extension du chemin de fer jusqu’à Quimper, puis jusqu’à Brest en 1865, contribue à désenclaver la Bretagne. D’un point vue économique, le déplacement des hommes et des marchandises par le train favorise notamment les secteurs de la pêche, de l’agriculture, du tourisme. Mais le train va aussi contribuer à favoriser le dépeuplement de la Bretagne…
Dès lors que l’instruction est rendue obligatoire par la loi Ferry de 1882, l’interdiction de parler breton s’applique dans la majorité des établissements scolaires, publics ou privés. C’est ainsi que l’école devient un outil efficace pour substituer le français au breton au sein de l’ensemble de la population.
Nous sommes sous la Troisième République. Jules Ferry, ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, fait voter deux lois qui vont changer la vie des Bretons : la première, en 1881, établit la gratuité de l’enseignement public pour tous ; la seconde, en 1882, rend obligatoire l’instruction primaire « pour les enfants des deux sexes, âgés de six ans révolus à treize ans révolus ».
Ces deux lois sont un immense progrès car elles permettront à toutes les strates de la société de sortir de l’analphabétisme, jusqu’alors très présent en Bretagne.
Il y a cependant un revers à la médaille : la question de la langue d’enseignement n’est pas abordée dans ces lois Ferry. On doit donc s’en remettre aux pratiques existantes : en l’occurrence, l’obligation d’enseigner uniquement en français figure déjà dans tous les règlements scolaires depuis le début du XIXe siècle.
Par exemple, le règlement des écoles primaires de l’arrondissement de Lorient, approuvé par le recteur d’académie en 1842, est très clair : « Il est défendu aux élèves de parler breton, même pendant la récréation, et de proférer aucune parole grossière. Aucun livre breton ne devra être admis ni toléré. »
Au fur et à mesure que les enfants sont scolarisés et francisés, ils ramènent la nouvelle langue à la maison, où elle s’impose au fil du temps, puis ils cessent eux-mêmes progressivement de transmettre leur langue à leurs enfants, jusqu’à ce que la transmission s’éteigne dans les années 1950.
Lancement du CELIB, un modèle de coopération au service du développement régional breton.
Dans la période post Seconde Guerre Mondiale, la Bretagne connaît une situation économique difficile, une agriculture encore traditionnelle, un retard en matière d’équipement, d’accès à l’eau courante et à l’électricité. A l’initiative du journaliste Joseph Martray (1914-2009), qui a le souhait de réhabiliter les idées régionalistes, des élus bretons et des décideurs économiques se regroupent pour réagir face à cette situation. Le 22 juillet 1950 à Quimper, ils créent la structure qui deviendra le Comité d’Etudes et Liaison des Intérêts Bretons, (CELIB).
Le CELIB est un lobby breton, qui rassemble élus bretons (sénateurs, députés, maires) de gauche – à l’exception des communistes – comme de droite, chefs d’entreprises, représentants syndicaux et paysans, universitaires, cadres d’organisations culturelles et des associations familiales. L’une des figures marquantes est René Pleven (1901-1993), premier président du CELIB : c’est un homme politique de premier plan, à la fois président du Conseil général des Côtes-du-Nord, député et, au moment de la création du CELIB, à la tête de gouvernement français.
Dans une vie politique française marquée par le multipartisme désordonné et l’instabilité ministérielle, un groupe de pression comme le CELIB a influencé efficacement sur les gouvernements successifs. Un des moments forts est sa présentation en 1953 d’un « plan breton », rédigé sous l’impulsion du géographe Michel Phlipponneau (1921-2008), qui met en avant les investissements utiles à la Bretagne. Il alimente le premier programme d’action régionale pour la Bretagne publié en juillet 1956, qui prévoit de développer les productions agricoles, réorienter les activités maritimes, développer le tourisme, relancer l’économie de la Bretagne centrale et des îles, susciter les industries nouvelles, comme l’usine marémotrice de la Rance.
Le retour au pouvoir du Général De Gaulle en 1958 marque le retour d’un fort centralisme jacobin qui complique l’action du CELIB. Malgré un regain d’activité à la fin des années 1960, le CELIB finit par se dissoudre en 1980.
Même si le bilan du CELIB est contrasté, avec le reproche de son élitisme social, il construit un modèle original de coopération au service du développement régional. Sa capacité à négocier avec l’État central prépare l’opinion publique à la décentralisation et contribue à redonner confiance aux Bretons.
Depuis la Révolution, la France est divisée en départements et en communes. Il faut attendre juillet 1972 pour que l’échelon régional soit reconnu comme entité administrative. La Région Bretagne est ainsi créée, mais elle est amputée de la Loire-Atlantique.
D’emblée se pose la question des limites territoriales de cette région administrative :
Prenant acte de ces positions divergente, l’État opte pour deux régions.
La première assemblée régionale est composée des parlementaires et des représentants des départements et des villes principales.
René Pleven, ancien président du Conseil, est élu président de la Région Bretagne à quatre départements, avec Rennes pour capitale.
Olivier Guichard, député gaulliste de La Baule devient président de la région Pays de la Loire, avec pour capitale Nantes.
Cet établissement public régional est certes une étape importante dans la reconnaissance du fait régional mais, à l’époque, le pouvoir est détenu avant tout par le préfet de Région qui instruit les affaires et exécute les délibérations du Conseil.
Il faut attendre les lois de décentralisation de 1982 pour que la Région soit reconnue comme collectivité locale, et 1986 pour que les conseillers régionaux soient élus au suffrage universel.
En comparaison des régions d’autres pays européens, les régions françaises détiennent néanmoins toujours des pouvoirs limités, notamment en raison de leurs très faibles budgets.
Quant à la question de la réunification, elle reste en suspens malgré une opinion favorable dans les cinq départements bretons et un activisme fort dans la société civile.
Réponse : Niger-Congo
Le koalib appartient à la famille des langues Niger-Congo. Il est parlé au Soudan, plus précisément au Nord-Est de la province du Sud-Kordofan, également dénommée « monts Nouba », et dans les grandes villes du Nord-Soudan (en particulier Khartoum et Port-Soudan). On estime aujourd’hui qu’il existe environ 100 000 locuteurs de koalib.